Retour au foyer : trouver un refuge en soi.

Retour au foyer, c’est ma manière de réinvestir autrement la notion de foyer et rappeler qu’on peut le porter en nous, comme un sanctuaire intérieur. J’ai imaginé quatre médaillons à porter et quatre amulettes à accrocher chez soi en convoquant le souvenir oublié de génies tutélaires qui, autrefois, peuplaient notre intérieur de merveilleux.

La maison et ses génies : quand le merveilleux ordonne l’ordinaire.

Lorsque l’on écrit sur des génies, on est vite confronté à l’idée que cette image appartient au monde naïf de l’enfance voire à celui de la fantasmagorie si l’on a dépassé un certain âge…Pourtant, cette farandole de figures symboliques qui circule partout dans le monde depuis des siècles dit quelque chose de nous et de notre manière de concevoir ce qui nous entoure.

Lorsque le médiéviste Claude Lecouteux écrit sur les lutins, il n’écrit pas sur d’anciennes superstitions ni sur des histoires pour les enfants. Il questionne les manières dont nos ancêtres pouvaient concevoir leur chez-soi et comment leurs visions du monde ont pu nous être transmises. Il rappelle que comprendre ceux qui nous ont précédé, c’est une manière de mieux se connaître soi-même.

Au coeur de nos vies, la maison, et le refuge qu’elle est censée représenter, jouent un rôle crucial. Si tout le monde n’entretient pas le même rapport au foyer, nous ressentons tous et toutes l’importance de trouver un sanctuaire dans lequel on se sentirait protégé et soutenu. La maison, c’est la part la plus apprivoisée de nous-même et l’espace vivant qui tient sous sa garde tous les grands moments de l’existence. Si ce foyer prend plein de formes différentes aujourd’hui, je pense que nous partageons ce besoin d’être protégé avec nos ancêtres. Ce besoin se résume à un processus assez simple : « sacraliser un espace en l’ordonnant, former un univers clos et bien délimité, tracer une frontière entre soi et le reste du monde ».

Dans les anciennes croyances populaires, le coeur du foyer n’était pas constitué de briques, de mortiers ou de poutres mais bien d’esprits merveilleux. Qu’on les nomment génies, revenants, lutins, gnomes ou même trolls, ils formaient une vaste horde d’esprits censée peupler les espaces qui séparaient le monde civilisé des mondes du sauvage et du surnaturel.

Si le génie appartient résolument au monde des esprits, il était considéré comme un élément tangible du quotidien avec lequel il fallait composer pour construire et ordonner son chez-soi. Depuis les sous-bois ombragés, jusqu’aux charpentes poussiéreuses en passant par l’âtre des cheminées, chaque recoin du quotidien abritait un génie tutélaire avec lequel il fallait composer.

L’origine de ces croyances s’explique par le fait qu’une maison revêtait une importance matérielle et sociale cruciale pour les populations rurales. C’était un lieu de vie, de production mais aussi le premier rempart face à la nature et au monde étranger. Il était plus que nécessaire de le protéger, dès sa construction, pour garantir son intégrité face à des calamités contre lesquelles on se trouvait souvent démunies. Face à ce qui nous dépasse, il est parfois humain d’imaginer des remparts extraordinaires qui nous donnent l’illusion de contrôler ce qui ne peut pas l’être.

Les génies du foyer : apprivoiser et transformer notre refuge intérieur.

Ce que je trouve beau dans tous ces rituels, c’est qu’il s’agit souvent de se donner l’impression de contrôler ce qui ne peut pas l’être. Si ces croyances sont depuis longtemps oubliées, je pense que les idées qu’elles transmettent sont d’actualité dans un monde pétri d’insécurités qui nous ramène, plus que jamais, à l’importance de trouver un refuge, peu importe sa nature.

Lorsque j’ai imaginé Retour au foyer, je voulais créer quatre médaillons et quatre amulettes décoratives évoquant quatre partie distinctes d’une habitation, chacune étant protégée par un génie. La collection est pensée comme une véritable progression visuelle et narrative entre les différents espaces d’une habitation, chacun étant relié à un élément merveilleux.

En suivant les formes et les thèmes abordés par les pièces, on retrouve :

— Une maison qui abrite, symbolisée par les Génies du foyer.

— Un seuil que l’on franchit, symbolisé par le Génie du seuil.

— Un âtre auprès duquel on se réchauffe, symbolisé par le Génie de l’âtre.

— Un toit qui protège, symbolisé par le Génie du toit.

Découvrir la collection Retour au foyer

Pour moi, c’est une manière de reconstituer symboliquement un refuge pour apaiser les craintes et les sentiments d’insécurité que l’on peut porter en nous, de part notre héritage ou notre rapport au monde extérieur. J’y vois aussi une invitation à rentrer chez soi, à convoquer ces génies du foyer oubliés et à retrouver, en même temps que notre âme d’enfant, un peu d’apaisement.